Des ponts...
De cordes, de lianes, de joncs, de bois, de pierres, de béton, de métal ; fragiles, aériens ou trapus, frêles, solides, humbles ou majestueux, pérennes ou éphémères ; ils sont l’effort de la ténacité et l’audace du courage quand, jetés au-dessus de l’abîme, défiant le vide, ils invitent au vertige ; ils sont le silence élégant lorsqu’ils franchissent, au-dessus du tumulte et du fracas, les eaux en colère, et même parfois aussi sont-ils les témoins bienveillants de l’onde charmante aux éclats argentés qui passe sous eux ; quelquefois paresseusement étirés au-dessus des profondeurs mystérieuses qui les réfléchissent, ils semblent être devenus à eux-mêmes leur songe de pierre, miroitant.
Dans les légendes, le diable n’est jamais loin d’eux ; et l’arc qu’ils dessinent n’est pas alors celui du vol d’un ange, mais bien plutôt la place de la ruse où s’affrontent les intelligences.
Construits “contra naturam”, ne seraient-ils finalement que des subterfuges ?
Ils ont un grand frère, météore coloré et quelque peu évanescent, que révèlent de temps à autre les caprices des cieux, et dont seuls les Dieux traversent la voûte merveilleuse qui est la lumière décomposée...
Des territoires explorés longuement, traversés de part en part, dans tous les sens, il est souvent nécessaire, vital même, d’en franchir les limites insurmontables. Par dessus la brèche, ils placent inéluctablement l’Homme devant des choix impérieux, offrant plus loin des espaces ignorés aux pas qui décident d’emprunter leur voie étroite et suspendue.
Des régions jusque-là inaccessibles se devinent sur l’autre rive… Et c’est par les deux extrémités de ces jougs, qui sont des enjambements, que se joignent le Connu et l’Inconnu ; et c’est alors qu’en leur milieu sont célébrées, certaines fois, les noces du péril et de la transgression.
Toute géographie bien déchiffrée les propose ou les révèle, et ils surgissent ainsi pareillement au cœur des paysages les plus intimes… Relire e(s)t relier...
Méta-phores pour tous ceux qui passent par eux, ils manifestent qu’ils sont avant tout des lieux de pas-sage et… de garde-fous !
Pascal Dober